Nouvelle: Taho

Taho

Il est seul, en plein centre de cette clairière. Seul peut-être mais loin d’être sans défense. Ses bois immenses sont une menace permanente. Un coup de ceux-ci pourrait tuer n’importe quel animal. Son pelage est brun foncé, presque noir. C’est déjà l’automne et il n’est pas encore parti. Il broute, relève de temps à autres la tête pour surveiller les environs, prêt à fuir à la moindre alerte. Vigilance constante. Une proie difficile. Mais je n’ai rien trouvé d’autre. Et j’ai faim. Moi, je ne pars pas, alors je dois me préparer à passer l’hiver. Faire mes réserves. Je dois faire attention, très attention. Pas de mouvement brusque, pas de bruit, rien qui pourrait l’alerter. J’avance contre le vent, pas à pas, le ventre collé au sol, tous les sens en éveil. Encore quelques mètres et je pourrais lancer la course qui lui sera fatale. Il n’aura pas le temps de réagir que je lui aurais saisi le cou, le vidant de son sang, le vidant de sa vie. Oui, mais pas tout de suite. Il faut avancer encore un peu, juste un peu. Soudain, un craquement sec résonne dans la forêt. Il a entendu lui aussi, et a fui sans se faire prier. Je me relève, mais il est trop tard pour le poursuivre. Et ce bruit m’intrigue. Ce pourrait n’être qu’un animal, mais non ! Voilà que ça recommence ! Je ne sais pas, ou plutôt je ne sens pas, ce qui fait ce bruit. C’est contre le vent. Ah c’est trop bête ! Je vais voir. Et voilà que je me mets à courir, moi, vers l’inconnu et au beau milieu de la nuit qui plus est. On aura tout vu !
J’y arrive enfin. Là devant moi, une lumière tremblotante. Mais vive. Un feu. Et s’il y a un feu, cela signifie forcément… Oui, je le vois, de l’autre coté. Ma curiosité me perdra ! Un vertical ! Je suis juste en face de lui. Je ne suis pas caché à sa vue et n’essai pas de l’être. Et malgré ça, il ne m’a pas vu.
-Qu’est ce que… ?
Ou peut être que si.
-Qui est là ?
Qui est là ? Mais c’est moi mon vieux ! Moi, Taho. Taho du nom que m’ont donné tes semblables. Et oui, je suis connu par ici, moi. Taho le vil, qui tue les moutons par dizaines, que dis-je ? Par centaines ! Taho le monstre, qui dévore les enfants, et parfois même les parents s’ils se montrent trop attachés à leur progéniture. Quelle imagination, s’il vous plait !
Et sais tu ce que signifie mon nom, Taho, dans ta langue ? Démon. Voilà, je suis le démon noir. Parce que, vois tu, je suis noir, étrange non ? Mais je suis aussi Taho le solitaire. Taho qui a été chassé de sa meute, sans doute parce qu’il faisait de l’ombre au dominant, mais qui préfère maintenant se débrouiller seul. Tant bien que mal. Enfin ça, c’est moi qui le dis !
Mouais, à voir ton regard vide, j’en conclus que je dois pas vraiment t’intéresser. Tiens, ça y est, tu m’as vu ! J’ai grogné, vraiment ? Désolé, ça a du m’échapper. Bah, qu’est-ce qu’il t’arrive, tu as peur ? Et qu’est ce que tu cherches, comme ça ? Un bout de bois, pour te faire une torche ? T’as pas encore assez de lumière ? Eh ! Fais gaffe avec ça, c’est dangereux ! Ma parole, c’est qu’il me menace, le bougre ! Mes poils se hérissent. Je fléchis les pattes, baisse la tête et la queue d’un air inquiétant. Je retrousse mes babines sur des crocs assez impressionnants et me met à grogner, sans retenue cette fois. En général, ça leur fait peur. Mais celui-là à l’air un peu plus coriace : il hésite mais continu d’avancer vers moi, tenant son brandon enflammé à bout de bras et faisant de grands moulinets. Si tu veux jouer à ça, on va être deux ! Je m’avance à mon tour, dans la même attitude menaçante. Et une fois arrivé tout prêt, j’aboie. Cette fois il recule. Il pu la peur à pleine truffe. Aller, la touche finale : un bon gros hurlement.
Ah regardez-le détaler ! On croirait qu’il a le diable à ses trousses. Mais non ! Juste un démon, un démon noir. Oui, je n’ai pas pu m’empêcher de le poursuivre, histoire d’être sûr qu’il sorte de ma forêt. Ca y est, on arrive à la limite des arbres. Je te laisse ici. Et il continu à courir dans la rase campagne ! Il va sûrement retrouver les siens. Je me demande ce qu’il va bien pouvoir leur raconter. Quel sera mon nouveau nom ? Taho le terrible qui agresse les voyageurs sans défense ? Ou Taho le sauvage, qui chasse les verticaux comme des lapins ? Quoique un lapin est plus difficile à attraper qu’un vertical. Bah, qu’importe, pour moi ça ne change rien. Oui, enfin, a part que cet idiot m’a fait raté ma chasse. Et le jour va se lever, trop tard pour chercher une nouvelle proie.
J’ai plus qu’à rentrer me coucher…


* * *


-Il était terrible ! ‘L’avait des crocs énormes, et des griffes qu’auraient pu m’déchirer l’ventre sans problème. ‘L’avait aussi les poils noirs et les yeux du Démon. Mais j’ai pas perdu mon sang-froid, ça non ! J’me suis approché d’lui, armé qu’d’un bâton. J’lui ai flanqué un coup qu’aurait assommé un bon sanglier. J’peux vous dire qu’il a pas fait long feu. ‘L’a déguerpi sans d’mander son reste.
J’éclate de rire, imité en cela par les autres clients de l’auberge du « Grand Loup ». Je me lève et m’approche de ce jeune voyageur sans cervelle. Il a l’air impressionné. P’tet à cause de mon allure, il parait que j’ai un air de bandit avec ma barbe de trois jours et mes cheveux en bataille.
-J’vais t’dire mon gars, si t’avais vraiment essayer d’frapper l’Taho, tu s’rais pas là pour t’en vanter.
-T’insinues que j’mens ?
-Non gars, j’insinue rien du tout. Je dis. Parce que nous, on le connaît bien ton loup, et j’peux t’dire qu’personne a jamais réussi à l’descendre. Alors c’est pas un p’tit gringalet comme toi qui va l’avoir frappé ! J’vais te dire c’que je pense, moi. Moi j’pense que t’as ben rencontré le Noir, mais qu’c’est toi qu’a déguerpi vite fait, pas lui.
Nouvelle crise de rire dans la petite salle. Je me lève et vais chercher mon fusil. Cette fois, Taho est allé trop loin. J’ai renoncé à le tuer depuis bien longtemps, et ce loup s’est tenu tranquille. Mais attaquer un voyageur, même s’il ne lui a pas fait de mal, c’est une véritable déclaration de guerre. Je ne peux pas laisser passer ça. Question d’honneur. On ne joue pas à ce petit jeu avec un chasseur, et encore moins si ce chasseur et moi ne faisons qu’un. ‘Fin bref, mon arme est vérifiée, chargée, plus qu’à sortir et à trouver ce loup. Avant de lui loger une balle dans la tête. Bien, c’est ce que je fais, je sors, suivi par une bonne partie des occupants de l’auberge. Ils ont compris où je voulais en venir. Ils sont pas aussi bêtes qu’ils en ont l’air. Enfin, Ils peuvent bien tous le chercher, ils ne l’auront pas. C’est moi qui l’aurais. Ca prendra le temps qu’il faudra mais c’est moi qui l’aurais. Moi et personne d’autre.

***


Ca fait des jours qu’ils me traquent. Ils fouillent ma forêt dans tous les sens. Pourquoi ? C’est à cause du vertical de la dernière fois ? Sans doute. J’aurais du me méfier. Oui, ma curiosité me perdra. Mais c’est pas le moment de regretter et de pleurer sur mon sort, il y en a un juste derrière moi. Tout prêt. C’est sûrement pas un professionnel, il n’a même pas penser à se mettre contre le vent. Les verticaux peuvent être d’une de ces stupidités des fois ! Souvent même. Mais il se rapproche quand même, il a un cheval. Je dois fuir. Fuir pour sauver ma peau. Alors je fui. Le prédateur est devenu proie, le chasseur, chassé. Je cours, je cours sans m’arrêter, sautant par-dessus troncs et rochers, zigzaguant entre les arbre gigantesques. Il ne m’aura pas, pas lui ! Je ne me laisserais pas tuer par un novice incapable de différencier une chasse d’une promenade en forêt. Si je meurs, ce sera face à un homme de valeur, un homme qui n’entachera pas mon honneur, qui ne mentira pas, qui ne déformera pas la réalité. Non ce ne sera pas lui. Ce sera l’autre. Quel idiot ! Le démon est tombé dans un piège grossier, tout ça parce qu’il pense au lieu de courir. Lui m’aura. Lui qui tiens son fusil à quelques centimètres à peine de ma tête. Plus qu’une pression, un tir, une détonation. Et ce sera la mort.

***


Je n’ai pas cessé de te traquer depuis ce fameux jour où ce jeune homme a débarqué à l’auberge du Grand Loup. Nom qui lui vient justement de toi, Taho. Combien de fois t’ais-je cherché, Démon ? Et combien de fois m’as-tu trouvé, toi, alors que je ne pouvais que te regarder ? Mais cette fois est la dernière. Parce que cette fois, je suis prêt. Je ne te reconnais pas, mon loup. Tu t’es littéralement jeté sur moi, comme un louveteau sans aucune expérience. Pourquoi ? C’est à cause des autres, hein ? C’est l’un d’eux qui t’as lancé vers moi ? Oui, c’est ça, je le vois dans tes grands yeux jaunes. On croirait presque que c’est un piège. Mais ce n’est pas le cas. Ca n’est du qu’au hasard et à la chance. A la chance… Et maintenant je vais t’avoir. Oui, je vais t’avoir. Tu le sais aussi bien que moi. Et pourtant, je ne vois ni crainte, ni tristesse dans tes yeux. Juste ton éternel fierté. Mais vois-tu, je tiens mon fusil à quelques centimètres à peine de ta tête. Il ne me reste qu’à tirer. Et ce sera la mort.

dimanche 19 mars 2006 22:10 , dans Ecrits divers...


Manga : Yureka

Blog de linkalink :Le Capharnablog, Manga : Yureka

Ah! Yureka, quelles sublimes images! Quels superbes textes! Quelle histoire, euh... étrange ! Ah Yureka, Yureka, Yureka... 

 

 "Qu'est ce que Yureka?" me direz-vous. Et bien Yureka est un manga, ou plutot un Manhwa, de Youn Kyung Kim sur un scénario de Hee Joon Son.

 

L'histoire se déroule - devinez où? - dans un MMORPG de fantasy-médiévale nommé Lost Saga, et en moindre partie dans une réalité quelque peu futuriste: seules le domaine informatique et multimédia ont changés: les connexions au net sont plus avancées, ainsi les personnages utilisent une sorte de casque futuriste qui leur permet de jouer par la pensée, et donc de faire toutes les actions possibles dans le monde réel. Les jeux ont quant à eux bien évolués et les PNJ sont dotés d'une IA incroyablement humaine...

 

Le premier tome sert surtout à présenter l'univers et les personnages principaux. Dans le second, Lotto, l'un des "héros" du manwha, fera la rencontre de la jeune Yureka, un personnage piraté aux compétences douteuses et à la niaiserie incroyable. En effet, cette jeune demoiselle a toutes ses caractéristiques (force, agilité, vitesse, etc...) au maximum mais n'appartient à aucune classe et n'a donc pas de réelles compétences. Elle est cependant une combattante hors-pair et révélera petit à petit des aptitudes vraiment étranges et singulières. Au fil de l'histoire, le mistère Yureka s'épaissit.

 

Mais cette série est avant tout un concentré d'humour aux dessins sublimes et à l'action très présente. On se surprend à s'esclaffer seul, dans le train ou au lycée, et on a du mal à réprimer ces fous rires. Les dessins, les dialogues fourmillent de petits détails extra, en plus de l'humour plus évident qui marche beaucoup par la surprise et l'attitude souvent étrange et inatendue des personnages.

 

Cependant, la deuxième saison ne tient pas ses promesses. Le manhwa est toujours bon, mais la quasi-disparition de certains personnages principaux aux profits de nouveau est décevante. Certes, ça apporte de la fraicheur à cette série qui risquait de s'essoufler, de par le nombre important de ses tomes, mais les nouveaux personnages sont moins interessants et moins attachants. De plus, l'histoire a perdu de sa légèreté, après tout nous ne sommes que dans un jeu, et donc de sa qualité. Cependant, les combats se font dorénavent surtout entre joueurs, ce qui permet des combats plus interessants et plus "stratégiques"...

 

Malgré la dégradation de la série, je ne peux que conseiller ce manhwa, incontournable pour ceux qui aiment à la fois manga et jeux video.

lundi 12 juin 2006 00:07 , dans Mangas/Animes


Réécriture

Comme le nom l'indique, il s'agit d'une courte réécriture du premier chapitre de la fanfic ci-dessous.

 http://www.jeuxvideo.com/forums/1-10727-1076728-1-0-1-0-0.htm

N'ayant pas lu le reste de ladite fanfic, je ne peux hélas pas dire ce dont elle parle exactement.

Bonne lecture ^^


 Réécriture

 

    L’horloge sonna onze heures, les coups retentissants dans le silence pesant de la nuit. La lune apparut brièvement, trouvant un mince espace dans le tapis nuageux, révélant de son éclat pâle une grande silhouette noire. Un cavalier. Il était vêtu d’une longue cape de voyage sombre et une capuche dissimulait son visage. Il s’avançait lentement dans la rue vide, les fers de sa monture résonants sinistrement sur les pavés. Il s’arrêta devant un bâtiment d’où émanaient des rires et des beuglements incohérents. Il hésita quelques secondes puis descendit de cheval et flatta l’encolure de sa monture avant de l’attacher et de pénétrer dans la taverne bruyante. Les bruits se turent aussitôt et les regards se tournèrent vers cet étrange personnage. Il resta figé un moment dans l’embrasure de la porte, faisant peut-être le tour de la salle du regard. Puis il s’approcha du bar, ses pas retentissants comme ceux de son cheval, peu de temps avant. Les conversations reprirent peu à peu et quand il s’installa, elles avaient retrouvé toute leur intensité. Une femme, la gérante, s’approcha rapidement de lui pour prendre sa commande, d’un ton blasé.

-Donne-moi n’importe quoi qui puisse me réchauffer.

La femme écarquilla les yeux et resta sans voix. Puis elle se retourna pour prendre une bouteille en lançant :

-Bon sang, je ne t’avais pas reconnu avec cet accoutrement. Qu’est-ce qui t’as pris de t’habiller comme ça ?

Il ne répondit pas. Elle jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et revint vers lui, un verre remplit à la main.

-Bois ça, ça va te requinquer, fit-elle avec un sourire.

Il prit le verre et bût une petite gorgée, toujours sans parler.

-Bon, j’ai de la soupe si tu veux, ça te dit ? Oui, bien sur, je reviens de suite…

Il se retourna vers la salle, le verre à la main. Il n’y avait pas grand monde : une dizaine d’ouvriers réunis et s’esclaffant sans arrêt, sans doute saouls depuis longtemps pour la plupart, et quelques voyageurs à une table un peu en retrait, plus calmes mais parlant tout de même trop fort  pour être totalement sains.

-Tu penses à elle, c’est ça ?

Il sursauta et se retourna vivement vers la tavernière. Celle-ci avait un bol fumant à la main et un petit sourire compatissant.

-Je vois bien que tu es soucieux et je n’aime pas te voir comme ça. Je suis sure que c’est à cause d’elle, alors si tu veux en parler…

-Ne t’inquiète pas pour moi, j’ai eu une journée difficile, c’est tout.

-Très bien, répondit-elle en soupirant, sachant bien qu’insister ne la mènerait nulle part.

Elle posa le bol devant lui et alla à la rencontre d’un nouveau client.

 

     Il s’approcha de son cheval et le détacha. Il lui caressa le chanfrein un moment, le regard perdu dans le vide. Le cheval se laissait faire sans broncher, les yeux mi-clos et respirant lentement.

-Rentre à la maison, je vais me promener un peu à pied avant de rentrer.

Le cheval ouvrit les yeux et hennit doucement. Son maître sourit et lui flatta l’encolure.

-Alors toi aussi, tu t’inquiètes pour moi ? Ne t’en fais pas, je serai rentré avant toi.

Il passa les rênes par-dessus l’encolure du cheval et les coinça. Ce dernier renâcla et le poussa doucement de la tête. Puis il se retourna et partit d’un pas tranquille dans la rue qu’ils avaient emprunté auparavant. La silhouette noire, immobile, le regarda disparaître à un coin de rue, avant de s’éclipser à son tour.

 

    Il escalada péniblement une colline enneigée, respirant bruyamment. Un mal de tête lui vrillait le cerveau depuis qu’il avait quitté la taverne et il empirait à chaque nouveau pas. La douleur pulsait dans son cerveau au rythme de ses battements de cœur, rythme qui augmentait en même temps que la douleur. Il serrait les dents, pressé d’être chez lui et de pouvoir enfin se coucher et noyer cette souffrance dans le sommeil. Mais il ne devait jamais y arriver. Un poignard lui transperça soudain le cerveau et il hurla de douleur. Celle-ci disparue aussi soudainement qu’elle était venue et il s’effondra sur la neige blanche, haletant et transpirant. Incapable de se relever, il se mit à genoux pour reprendre son souffle. Mais aussitôt, un nouveau coup de poignard le mit à terre. Cette fois, la douleur ne disparut pas mais s’accrut, au contraire. Il hurla, vidant l’air de ses poumons, les yeux exorbités, les larmes dévalant ses joues. Il se saisit la tête des deux mains, et se soutient disparaissant, s’écroula dans la neige de tout son long. La douleur augmentait encore, oblitérant toute pensée. Il criait à en devenir fou. Bientôt, sa voix devint rauque,  cassée, mais il continua. Il continua parce qu’il n’avait pas le choix. Il continua parce qu’il avait peur, aussi. Il sentait son corps tout entier se transformer peu à peu. Il sentait son visage s’allonger, changer de forme, il sentait ses membres se transformer, se repliant sous lui, il sentait chaque nouveau poil transpercer sa peau pour s’ajouter à une fourrure déjà fournie. Il fut bientôt capable de voir aussi clairement qu’en plein jour, mieux encore même, il fut bientôt capable d’entendre le bruit du plus petit insecte et les rires des ivrognes de la taverne, dans le lointain. Il entendit aussi ses cris se transformer, prendre peu à peu un son plus lisse, plus animal. Puis tout s’arrêta. Il resta allongé, essoufflé, prenant conscience avec horreur de ce qui venait de lui arriver. Link était redevenu un loup.

 

vendredi 23 novembre 2007 22:08 , dans Ecrits divers...


Une histoire inachevée.

 Eh oui, comme la plupart de mes écrits, cette histoire n'a qu'un début. Et comme la plupart de mes écrits, il date de quelques années. Malgré tout, je l'apprécie tout de même et le reprendrai peut-être un jour. J'espère qu'il vous plaira à vous aussi.

Bonne lecture.


 

Aucun son, ni les clameurs habituelles des badauds dans la rue, ni le pas furtif d’un animal errant, ni même le petit « ploc ploc » distinctif de l’eau qui coule. Aucune lumière, ni la lueur vacillante d’une flamme, ni la douce caresse des étoiles et de la lune. Ou du soleil peut-être, est-ce le jour où la nuit ? Plus de temps. Les minutes, heures ou jours passent, se succédant dans une similitude parfaite. Soudain, deux globes lumineux apparaissent dans ce vide, pauvres lampions s’efforçant de gagner un combat perdu d’avance. Une seconde, ils gardent leur éclat brillant mais se ternissent vite, abdiquant devant un adversaire trop puissant. Personne ne se soucis de lui. Peut-être l’a-t-on oublié ? Ou peut-être est-ce que son sort n’a pas d’importance.  Il est assis à même le sol de terre battue, les jambes allongés devant lui, les mains reposant mollement aux côtés de ses hanches, la tête appuyée contre le mur de pierre froide. Ses yeux fixent le vide obscur. Il a crié, pleuré, supplié. Il a même osé espérer, le fou ! Mais c’était avant, maintenant il sait que ça ne sert à rien. Il sait que l’espoir est mort. Et désormais, il attend que son destin le rattrape enfin et que s’achève son supplice.

 

« Ils arrivent ! Ils arrivent par milliers ! Ils vont nous massacrer, tous! Ils n’auront de pitié ni pour les femmes, ni pour les enfants ! Ils viennent pour tuer, pour goûter notre sang et s’en délecter ! Mais il est trop tard pour fuir, vous m’entendez ? Ne fuyez pas ! Cela ne sert plus à rien, ils vous rattraperont et vous feront subir mille tourments avant de vous dévorer ! Pauvres fous ! Pauvres fous ! Je vous avais dit de fuir voilà bien des lunes mais vous avez préféré ne pas m’entendre et attendre ici votre mort ! »

Ethan observait l’homme, fasciné et horrifié à la fois. C’était vrai, il les avait prévenu que ce jour arriverait. Mais il inventait de nouvelles histoires chaque année et le peuple s’était lassé de l’écouter, sachant pertinemment que ce n’était que délires d’un pauvre fou. Seulement, cette fois, il ne s’était pas trompé. Une troupe de plusieurs milliers d’hommes s’avançait vers la cité, parcourant des distances phénoménales la nuit et avançant plus prudemment le jour, sous la sombre protection des ténèbres. Ethan savait tout ça car il était présent sur la place, venu pour faire des achats avec sa mère, quand le messager était arrivé quelques jours plus tôt. Il avait surgis au grand galop parmi la foule surprise, le torse couvert de son propre sang, un reste de flèche planté assez bas dans l’épaule droite, le visage ruisselant de sueur et sans doute aussi de larmes. Il avait crié son message destiné à un officier ou au dirigeant de la ville lui-même sur la place publique avant de s’effondrer et d’être emmené dans une maison de guérison. Ethan ne se souvenait pas du contenu précis du message, mais comme tous les adultes il avait compris l’idée générale : des hommes arrivaient par milliers dans le seul but de détruire la cité.

Ethan écoutait toujours la déclaration du soi-disant médium lorsqu’une main se saisit de la sienne et le tira violemment loin de ce fou.

 

« Ecoutez cet imbécile ! Il va alarmer la population entière s’il continue à dire toutes ces inepties.

-J’ai bien peur qu’elle le soit déjà, même sans l’aide de ce fou. »

Un silence suivi la déclaration. L’homme qui avait parlé le premier le rompis :

«  Tu as sans doute raison Galdrig. Le peuple s'effraye bien trop facilement, il n’est plus habitué à la guerre. Si seulement ce jeune homme avait attendu avant de délivrer son message…

-Le peuple n’aurait pas été mis au courant mais nous non plus. Il est toujours inconscient. Peut-être ne se réveillera-t-il pas avant l’arrivée des troupes ennemis, et même demeurera-t-il ainsi jusqu’à sa mort. Laquelle ne saurait tarder à priori. Enfin, sans ça nous n’aurions jamais eu le temps d’organiser les défenses et de mettre la population en sûreté.

-Les défenses, railla l’autre, mais quelles défenses? Que peut notre cité face à cette marée écrasante ?

-Rien, j’en ai bien peur. Mais nous ne devons pas abandonner. Nous ne pouvons pas abandonner. Quitte à mourir, autant le faire dignement, en emportant le plus possible de ces monstres avec nous. Il est possible que ça ne serve à rien mais nous pouvons aussi bien sauver de nombreuses vies de cette manière.

-Mourir dignement… Oui, tu as sans doute raison. Oui, nous devons protéger la cité !

-Protéger la cité … »

 

Enola lavait ses mains couvertes de sang en chantonnant un air joyeux.

« On va tous mourir d’ici quelques jours et toi t’es contente ? »

Elle sursauta et se tourna vers une femme d’une trentaine d’année assez forte, au regard dur. Elle soupira, soulagée et retourna à son nettoyage. 

« Ce n’est que toi Amine. Pendant un instant j’ai cru que c’était…

-Oui je sais. Mais ça ne t’empêche pas de répondre. »

Enola garda les yeux baissés. Elle essuya ses mains désormais blanches sur un bout de tissu et demeura sans répondre un moment.

« Je sais très bien ce qui risque d’arriver. Mais rien n’est sur et j’ai encore de l’espoir, fit-elle dans un murmure. Et puis, s’il me reste si peu de temps à vivre, autant qu’il soit heureux, non ? ajouta-t-elle en esquissant un sourire. »

Amine la regarda longuement. Dans un sens elle avait raison et cette constatation était bien plus effrayante que la panique qui régnait dans la rue. Un murmure les tira toutes deux de leurs réflexions. C’était une simple suite de mots sans aucun sens, des mots que l’on distinguait à peine.

« Il délire encore…

-Oui. C’est vraiment étrange, sa blessure à l’épaule n’aurait pas du avoir cet effet. Je n’ai jamais vu ça. Il arrive qu’ils demeurent inconscient quelques jours et qu’ils aient de la fièvre mais ça n’a jamais atteint ce niveau.

-Il a de la fièvre non ? C’est sans doute ce qui le met dans cet état. Ne t’inquiète pas Enola, il vaut mieux pour lui qu’il ne se réveille pas de toute façon.

-Tu as peut-être raison, répondit la jeune fille sans grande conviction. Bon, je dois aller m’en occuper.

-Bien. Moi, je rentre chez moi, je n’ai pas ta capacité à faire fit des évènements. »

Enola hocha la tête et s’approcha du lit du messager, agrippant au passage de quoi faire un nouveau bandage. Elle défit l’ancien pansement, reprenant mécaniquement son fredonnement et en fit un nouveau. La blessure cicatrisait vite mais la fièvre ne diminuait pas. Elle trempa une étoffe dans un bassin rempli d’eau posé au chevet du lit et essuya le visage couvert de sueur du blessé avant de le plier et de le poser sur son front. Elle ramassa l’étoffe utilisée et s’apprêta à partir quand une main agrippa son poignet. Elle cria, surprise et se tourna vers le blessé.

« Ils arrivent ! Pour tuer… tuer… détruire…

-Oui, je sais, répondit Enola en essayant de masquer sa frayeur. Il faut vous reposer, ne vous inquiétez pas, il n’arrivera rien.

-Non, non ! Ils sont déjà là. Déjà là. La mort…»

Sa main se détacha tandis qu’il sombrait à nouveau dans l’inconscience sous le regard apeuré de sa soignante.

vendredi 08 août 2008 23:21 , dans Ecrits divers...


Un combat.

Histoire beaucoup plus récente puisqu'elle date seulement de juillet de cette année. Elle a été écrite dans un cadre particulier, celui d'un tournoi d'écriture. Bon, je n'y suis pas restée bien longtemps pour des raisons personelles, mais j'ai au moins pris la peine d'écrire ce texte. Même sans tous les éléments, je pense qu'il est facilement compréhensible.

 

Malgré tout, je replace le cadre: une elfe noire, isana, et un homme plutôt imposant, Rogg, doivent s'affronter à mort dans un lieu plutôt étrange: le souterrain d'un château (celui du Hyrule de A Link to the past, plus précisément) qui joue aussi le rôle d'égout. Ils ont choisi de participer à un tournoi de combattants organisé par un homme étrange, Linki, pour des raisons qui leur sont propres.

 

Bref, ici c'est la version qui donne Isana gagnante, bien sur. Enjoy.

 


 

Combat

 

En premier, il y eut l’odeur. Puanteur acre, relents putrides, ignoble effluve d’eau croupie et d’immondices en tous genres. Et parmi toutes, plus faible et les dominant pourtant, une odeur de mort.
Ensuite, il y eut la vue. Ou plutôt son absence. Rien. Rien d’autre que le noir, obscurité quasi palpable, que perçait difficilement la lueur orangée d’une torche. Elle éclairait un cercle d’un mètre à peine, d’une lumière morbide, sale.

Enfin il y eut le bruit. Le silence assourdissant, troublé par le son clair d’une goutte s’écrasant dans l’eau ou les déplacements furtifs de quelque immonde bestiole.

 

Elle plissa le nez et leva sa torche, essayant vainement d’y voir un peu plus loin. Elle se refusa à baisser les yeux vers le liquide visqueux dans lequel elle baignait jusqu’à mi-mollet : la puanteur lui suffisait à savoir qu’elle le regretterait. Lentement, sa grimace dégoûtée devint un sourire satisfait ; quelle chance elle avait ! Certes, cet endroit n’était pas très ragoûtant mais elle y possédait un avantage certain. Son ouïe d’elfe était bien plus aiguisée que celle de son adversaire, elle n’aurait aucun mal à le repérer la première. Ensuite, en tant que chasseuse, elle était habituée à se déplacer sans bruit, et même si cette eau risquait de lui poser quelque souci, ça ne serait rien comparé à ce que ce géant allait faire comme boucan. Il était peut-être plus fort qu’elle, mais ça ne lui serait pas d’un grand secours ici. Son sourire s’élargit. Oui, elle allait certainement remporter ce premier combat, et facilement qui plus est. Elle se demanda fugitivement si l’organisateur, ce Linki, y avait songé. Mais elle repoussa cette question d’un haussement d’épaule :

« Ca ne sert à rien de te raconter des histoires, commence par trouver ce type, c’est pas en restant plantée ici que tu gagneras »
Elle commença donc sa marche de mort. La traque de sa proie.

 

Elle soupira, frustrée. Ca faisait un moment maintenant qu’elle marchait et elle n’avait encore rien repéré. Pas le moindre écho de marche, pas la moindre vibration de l’eau, pas le moindre point brillant au loin, caractéristique d’une torche. Et elle était épuisée. Elle n’aurait jamais cru qu’il fut si fatigant de marcher dans de l’eau, et si difficile de ne pas faire de bruit. Malgré toutes ses précautions, un clapotis plus ou moins fort demeurait quand elle plongeait le pied dans ce liquide. Elle fit une pause et s’appuya contre le mur pour reprendre son souffle. Elle la retira aussitôt, confrontée à un contact visqueux qui lui donna des hauts le cœur, et ne put retenir un petit cri. Elle frissonna, plaqua ses membres contre son corps et resta ainsi, dans une immobilité de statue, attendant d’avoir récupéré assez de force physique et mentale pour continuer. Laissant son esprit dériver, elle en vint à se demander comment se débrouillait son adversaire. Peut-être avait-il rencontré de ces gardes dont Linki leur avait parlé. Ca serait rageant : elle aurait alors fait tout ce trajet pour se voir voler sa proie par quelques gardes de mauvaise humeur… Non ce type était un vrai colosse : il leur aurait sans doute échappé. Il était tout de même étrange qu’elle ne l’ait pas encore aperçu ; ce souterrain ne pouvait pas être si grand et il renvoyait des sons de loin. Dans ce cas, cela signifiait peut-être qu’il était plus doué que ce qu’elle avait pensé et qu’il parvenait à se déplacer sans bruit. Peut-être même était-il là, tout près, à l’observer, attendant le moment propice pour lui sauter dessus et la tuer. A cette pensée, elle jeta un regard inquiet autour d’elle. Elle ne voyait rien, mais dans une telle obscurité ça pouvait ne rien dire. Elle déglutit péniblement et reprit sa route, les yeux revenant sans cesse vers l’arrière, guettant un danger qui ne venait pas.

 

Soudain, elle buta sur quelque chose de mou, sous l’eau, et perdit l’équilibre. Elle tenta plus ou moins de se rattraper sur les murs, mais la substance glissante était toujours présente et elle ne trouva aucune prise. Elle tomba en avant et atterrit lourdement sur une surface dure. Elle resta ainsi, étalée de tout son long, le souffle coupé, avant de lâcher un sanglot. Elle n’en pouvait plus, elle était épuisée et terrifiée. C’était un cauchemar ; elle n’avait aucun repère, son odorat était atrophié par la puanteur ambiante, elle ne voyait pas à deux mètres et un homme la poursuivait pour la tuer. Peut-être tournait-elle en rond ou allait-elle se jeter dans les bras de son bourreau. Des larmes dévalèrent ses joues, traçant des sillons clairs sur son visage rendu sale par les exhalations pernicieuses de ce lieu. Elle fixa la torche qu’elle avait lâchée dans sa chute et qui reposait maintenant à quelques centimètres de son visage. Son regard embué se perdit dans le feu rougeoyant. Peu à peu, elle reprit son calme tandis que son esprit se détachait de tout, occupé seulement par le jeu des flammes sur la roche grise. C’est alors qu’elle vit une silhouette fugitive passer dans ce halo sanglant. Elle cligna lentement des yeux, se demandant si elle n’avait pas halluciné ; elle n’entendait rien, ne sentait aucune présence. Son esprit embrumé devait lui jouer des tours, mais au moins cette pause forcée lui avait-elle permit de reprendre son empire sur lui. Elle replia les bras, toujours aussi apathique, pour se relever. Une douleur aiguë lui traversa alors le bras droit, bientôt suivie par une sensation d’humidité poisseuse. Elle tourna la tête, surprise, et cette fois, ce fut sa jambe qui accusa le coup. Elle se retourna sur le dos, s’appuya sur ses coudes et leva vivement les yeux, cherchant son agresseur dans la pénombre. Personne. La douleur revint au niveau de sa main droite, posée au sol, puis de sa jambe à nouveau. Rapidement, les pics se multiplièrent, touchant chacun de ses membres, de plus en plus nombreux, de plus en plus rapides. Elle voulait se défendre, mais contre quoi ? Il n’y avait aucun ennemi à combattre. Une douleur plus forte envahit alors sa main gauche, et elle y abattit l’autre par pur réflexe. Un couinement suraigu lui répondit, et quand elle releva la main, elle tenait un gros rat gris avec un lambeau de chair entre les dents. Elle écarquilla les yeux, comprenant soudain, tandis que les attaques continuaient. L’animal se débattit, lui mordit furieusement le pouce et elle le laissa tomber en gémissant. Il détala et revint bientôt à la charge avec plusieurs de ses petits copains. Elle balaya le sol des bras, heurtant nombre de masses poilues, engendrant plus encore de couinement mécontents. Elle se releva, tant bien que mal, tandis que les attaques redoublaient de force et d’intensité. Elle donnait des coups de pieds et de bras mais rien n’y faisait : ils étaient toujours plus nombreux et plus agressifs. Elle continua à se débattre, cherchant en vain à se débarrasser de ces bêtes. Bientôt, ses mouvements devinrent désordonnés, sa respiration s’accéléra et de nouvelles larmes envahirent ses yeux. Larmes de frayeur et de douleur. Elle craqua soudain, hurla et se mit à courir difficilement, des rats s’accrochant à ses jambes ou à ses bras, déchirant sa chair de leurs dents aiguisées, la poursuivant malgré l’obscurité. Elle entendit soudain un grand bruit d’éclaboussure et manqua tomber comme ses pieds retrouvaient le contact visqueux de l’eau de ce lieu. Plusieurs couinements firent écho à ce son, et la douleur en bas de ses jambes s’apaisa. Les derniers rats lâchèrent bientôt prise et tombèrent en pépiant dans l’eau sale, ou bien furent écrasés contre les murs quand elle s’y cognait. Elle continua à courir, aussi vite que possible, fonçant tout droit dans ces ténèbres épaisses, ne pensant qu’à avancer, encore et toujours, s’éloigner de ces rats, s’éloigner de ces monstres. Elle déboucha tout à coup sur une place sèche et vide, et la lumière qui y régnait lui blessa les yeux.

 

Elle s’arrêta nette et se protégea les yeux du bras droit en gémissant. En guise de lumière, il n’y avait que deux torches semblables à la sienne, mais, après le noir impénétrable du souterrain, elle lui semblait aveuglante. Elle plissa les yeux, leur laissant le temps de s’y habituer, et prit soudain conscience qu’elle n’avait plus cette fameuse torche.  Elle avait du la laisser là où elle était tombé. Elle sourit amèrement :

« Avec un peu de chance, j’aurais brûlé quelques unes de ces saloperies. »
Pouvant enfin y voir clair, elle fit le tour de la zone du regard. Elle ne semblait pas bien différente du reste du souterrain, enfin de ce qu’elle en avait vu : le sol et les murs étaient faits de la même pierre gris, froide et étouffante, et des algues verdâtres suintaient des joints, leur conférant cette consistance si répugnante. D’autres immondices, indéterminées celles-là, recouvraient le sol ça et là. Elle frissonna en pensant qu’elle avait marché et s’était même allongée dans pareils détritus et détourna vivement les yeux. Qui se posèrent alors sur les deux torches qui trônaient contre le mur, en face. Et sur le passage béant qui s’ouvrait entre elles. Elle fronça les sourcils et s’approcha, intriguée. Que pouvait bien faire ce passage ici, au milieu de nulle part ? Ou plutôt si : dans des égouts, chose plus étrange encore. Elle se remémora alors les paroles de Linki : il existait dans ces souterrains un sanctuaire caché, et le seul moyen d’ouvrir le passage qui y menait était d’allumer les deux torches qui le gardaient.

« Un sanctuaire, hein ? Je me demande à quoi il peut ressembler… »
Elle hésita un instant, jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et s’enfonça dans le passage.

 

Elle suivait l’étroit couloir, exaltée. Elle était pressée de voir cette église enfouie et avançait facilement en s’appuyant sur le mur du passage, entièrement lisse quant à lui. Les ténèbres s’éclaircirent peu à peu, imperceptiblement mais indubitablement : elle arrivait à la sortie du boyau. Elle était si excitée ! Quelle aubaine que le passage ait été ouvert : sans torche elle n’aurait jamais pu le faire elle-même, puisque la seconde torche restait continuellement éteinte en temps normal. Elle s’arrêta brutalement. Oui, précisément, elle était toujours éteinte. Et pourtant, ça n’avait pas été le cas. Ce qui signifiait que quelqu’un était passé par là récemment. Et il n’y avait qu’une personne susceptible de l’avoir fait. Elle recula lentement, sans bruit, et se morigéna intérieurement. Comment pouvait-on être aussi stupide ? Il l’attendait sans doute à la sortie du tunnel, prêt à l’embrocher dès qu’elle pointerait le bout de son nez. Et elle avait fait un barouf d’enfer depuis sa chute : il n’y avait aucune chance pour qu’il ne l’ait pas entendue. Il savait à présent qu’elle approchait, et il allait simplement l’attendre. Il n’avait aucune raison de bouger, après tout. Elle jura mentalement et recula encore, pas à pas, son esprit fonctionnant à vive allure.

Elle serait bientôt là. Du moins l’espérait-il. Ca faisait un moment qu’il était planté là et il commençait à en avoir assez. Certes, le sanctuaire enfoui était bien joli avec ses colonnades finement sculptées et ses vitraux colorés qui semblaient dégager leur propre lumière, mais tout de même… Rogg s’appuya sur la base d’une colonne effondrée dont les restes étaient éparpillés sur une ligne plus ou moins droite et sur laquelle reposait déjà sa torche. Il regarda encore une fois les représentations  des déesses et de la Triforce qui semblaient orner chaque parcelle de ce lieu, puis revint vers l’entrée du passage en soupirant. En trouvant ce passage dès la première heure, à ce qu’il lui semblait, il était sûr de prendre l’avantage : la fille finirait inévitablement attirée ici, et il remporterait aisément un combat au corps à corps contre elle. Il s’était donc installé et avait attendu. Et attendu… Un peu plus tôt, il avait entendu des cris et des bruits de course et d’éclaboussures ; il n’avait aucun doute sur leur origine et l’excitation était à nouveau montée en lui. Seulement, le temps recommençait à se faire long et il s’ennuyait franchement…

Soudain, un bruit strident déchira l’air. Il jura et se jeta précipitamment par terre. Pas assez vite. La pointe d’acier lui traversa les chairs et ouvrit une large entaille sur son bras gauche. Il se releva vivement, attrapa sa lance en vol et s’abrita derrière ce qui lui servait de siège un instant auparavant. Une nouvelle flèche fendit l’air et lui frôla la jambe. Il se plaqua contre le pilier et attendit.  Elle avait attendu un instant d’inattention de sa part pour tirer et elle l’avait manqué de peu. Il risqua un regard par-dessus son abri et un nouveau sifflement répondit aussitôt à son geste. Il revint à sa position initiale et jura à nouveau.

 

Elle l’avait touché. Mais il était plus rapide que ce qu’elle pensait : il avait réussi à esquiver un trait qui aurait dû le tuer. Malgré tout, il était blessé, et ça faisait déjà un point de plus pour elle. Mais désormais, il était à l’abri derrière ce tas de pierre. Tant pis, elle n’aurait qu’à attendre qu’il fasse une nouvelle erreur. Après tout, elle n’était pas pressée…

 

Il réfléchissait à vive allure. Elle avait sans conteste pris l’avantage sur lui, il fallait qu’il trouve un moyen de la faire sortir de son trou pour qu’il puisse engager un combat au corps à corps. Peut-être suffirait-il de la provoquer pour ça. Après tout, ça ne coûtait rien d’essayer :

« Eh, Isana, lança-t-il, tu comptes rester planquée longtemps ? Tu sais je ne suis pas idiot, ne t’attends pas à ce que je me lève gentiment pour te servir de cible. Tu préfères pas venir ici et qu’on dispute ça à la loyale, en combat singulier ? »

Un long silence lui répondit. Il finit par reprendre :

« Pas d’honneur alors, hein ? Tu préfères me tirer de loin, en toute sécurité, c’est ça ? Et tu te dis combattante ! »

Il éclata de rire tandis que son esprit continuait à chercher un autre plan. Un court silence puis…

 

Elle aurait préféré ne pas lui répondre, mais sa vantardise lui échauffait les oreilles, aussi ne put-elle s’en empêcher :

« Tu parles d’un combat loyal ! Tu fais deux tête de plus que moi, et combien de dizaines de kilos ?  Je ne suis pas plus stupide que toi : tu ne veux pas me servir de cible, moi je ne veux pas te servir de pelote de laine ! Tu ne m’auras pas avec ce genre de truc, trouve autre chose. »

Un mouvement furtif attira alors son attention et elle lâcha la corde déjà bandée de son arc.

La flèche traversa rapidement l’espace les séparant et se planta profondément dans sa tunique. Il sourit et bondit alors hors de sa cachette, fonçant droit vers le carré noir qui marquait l’entrée du passage. Il avait repris le dessus. Lance levée, il se préparait à en finir avec cette maudite elfe.

 

Elle comprit son erreur à l’instant où elle lâchait la corde. Elle écarquilla les yeux en voyant surgir le colosse et, lâchant son arc, elle dégaina son épée. Elle se plaqua contre le mur, épée en garde, espérant ainsi éviter la charge dévastatrice du colosse, ou au moins y survivre.

 

Il plongea avec un grand cri, s’attendant à tout moment à transpercer l’elfe. Il ne rencontra que le vide mais aperçu l’éclat d’une lame du coin de l’œil. Dans une manœuvre désespérée, il parvint plus ou moins à esquiver le coup. La lame traversa tout de même ses chairs et il s’étala au sol en hurlant, une douleur intense lui transperçant le ventre. Tandis qu’il portait une main tremblante à la plaie sanglante, il vit la fille courir vers le sanctuaire.

 

Elle l’avait touché, encore ! Il avait foncé aveuglément et n’avait pas pensé qu’elle pourrait anticiper. Elle ne savait pas exactement quel genre de dégât elle avait causé mais ne s’était pas attardée dans le passage étroit : il y prendrait aisément le dessus tant la liberté de mouvements était réduite. Elle pénétra donc dans le sanctuaire baigné d’une lumière grise, et se retourna vivement, attendant son adversaire.

 

Elle aurait pu l’achever, pourquoi avait-elle rejoint l’église ? Il se releva difficilement, la main gauche plaquée sur son ventre en sang, retenant ses boyaux en son sein, la droite tenant sa lance. Il tituba, ses deux plaies envoyant conjointement des pulses de douleur. Il secoua la tête pour dissiper le brouillard qui l’aveuglait. Brouillard qui semblait aussi avoir fait main basse sur son esprit. Il ne pouvait plus réfléchir, il n’y avait plus que la douleur. Et une chose dont il était sûr : il devait la tuer pour que cette douleur disparaisse.

 

Elle attendait, anxieuse, se demandant s’il ne préparait pas un autre de ses sales coups. Au lieu de quoi il sortit du passage courbé en deux, un flot de sang coulant entre ses doigts déjà écarlates. Il était couvert de sueur et respirait avec grand mal. La lumière grisâtre de la pièce accentuait encore la terne pâleur de son visage. Mais pourtant, elle y lisait seulement de la détermination. Il allait se battre, mais le fait était qu’elle l’avait gravement blessé. Elle pouvait gagner. Elle allait gagner.

 

Il s’approchait d’elle résolument, une seule pensée pulsant au rythme de la douleur.

La tuer.

Il constata qu’elle était couverte d’entailles et de blessures peu profondes, ainsi que d’une crasse marron à l’apparence ignoble.

La tuer.

Il leva sa lance sans cesser d’avancer, crispant la main gauche sur son abdomen.

La tuer.


Il avançait tel un zombie, il semblait vide de toute pensée. Elle se mit en garde et attendit l’attaque. Il lança un cri inhumain et porta un coup puissant mais tellement prévisible. Elle l’esquiva aisément et abattit sa propre lame. L’épée s’enfonça profondément dans le torse dénudé du colosse. Il s’immobilisa en plein mouvement. Un flot vermeil s’échappa de ses lèvres. Et il glissa mollement de la lame de son bourreau.

 

vendredi 08 août 2008 23:30 , dans Ecrits divers...


|

Accueil | PC | PS3 | 360 | Wii | 3DS | DS | PSP | IPHONE | Web |
Jeux du moment : Battlefield 3 PC | Battlefield 3 PS3 | Minecraft 360 | FIFA 12 Wii | FIFA 12 DS
ouvrir la barre
fermer la barre

Vous devez être connecté pour écrire un message à linkalink

Vous devez être connecté pour ajouter linkalink à vos amis

 
Créer un blog