Histoire beaucoup plus récente puisqu'elle date seulement
de juillet de cette année. Elle a été
écrite dans un cadre particulier, celui d'un tournoi
d'écriture. Bon, je n'y suis pas restée bien
longtemps pour des raisons personelles, mais j'ai au moins pris la
peine d'écrire ce texte. Même sans tous les
éléments, je pense qu'il est facilement
compréhensible.
Malgré tout, je replace le cadre: une elfe noire, isana,
et un homme plutôt imposant, Rogg, doivent s'affronter
à mort dans un lieu plutôt étrange: le
souterrain d'un château (celui du Hyrule de A Link to the
past, plus précisément) qui joue aussi le rôle
d'égout. Ils ont choisi de participer à un tournoi de
combattants organisé par un homme étrange, Linki,
pour des raisons qui leur sont propres.
Bref, ici c'est la version qui donne Isana gagnante, bien sur.
Enjoy.
Combat
En premier, il y eut
l’odeur. Puanteur acre, relents putrides, ignoble effluve
d’eau croupie et d’immondices en tous genres. Et parmi
toutes, plus faible et les dominant pourtant, une odeur de
mort.
Ensuite, il y eut la vue. Ou plutôt son absence. Rien. Rien
d’autre que le noir, obscurité quasi palpable, que
perçait difficilement la lueur orangée d’une
torche. Elle éclairait un cercle d’un mètre
à peine, d’une lumière morbide,
sale.
Enfin il y eut le bruit.
Le silence assourdissant, troublé par le son clair
d’une goutte s’écrasant dans l’eau ou les
déplacements furtifs de quelque immonde bestiole.
Elle plissa
le nez et leva sa torche, essayant vainement d’y voir un peu
plus loin. Elle se refusa à baisser les yeux vers le liquide
visqueux dans lequel elle baignait jusqu’à
mi-mollet : la puanteur lui suffisait à savoir
qu’elle le regretterait. Lentement, sa grimace
dégoûtée devint un sourire satisfait ;
quelle chance elle avait ! Certes, cet endroit
n’était pas très ragoûtant mais elle y
possédait un avantage certain. Son ouïe d’elfe
était bien plus aiguisée que celle de son adversaire,
elle n’aurait aucun mal à le repérer la
première. Ensuite, en tant que chasseuse, elle était
habituée à se déplacer sans bruit, et
même si cette eau risquait de lui poser quelque souci,
ça ne serait rien comparé à ce que ce
géant allait faire comme boucan. Il était
peut-être plus fort qu’elle, mais ça ne lui
serait pas d’un grand secours ici. Son sourire
s’élargit. Oui, elle allait certainement remporter ce
premier combat, et facilement qui plus est. Elle se demanda
fugitivement si l’organisateur, ce Linki, y avait
songé. Mais elle repoussa cette question d’un
haussement d’épaule :
« Ca ne sert
à rien de te raconter des histoires, commence par trouver ce
type, c’est pas en restant plantée ici que tu
gagneras »
Elle commença donc sa marche de mort. La traque de sa
proie.
Elle soupira,
frustrée. Ca faisait un moment maintenant qu’elle
marchait et elle n’avait encore rien repéré.
Pas le moindre écho de marche, pas la moindre vibration de
l’eau, pas le moindre point brillant au loin,
caractéristique d’une torche. Et elle était
épuisée. Elle n’aurait jamais cru qu’il
fut si fatigant de marcher dans de l’eau, et si difficile de
ne pas faire de bruit. Malgré toutes ses précautions,
un clapotis plus ou moins fort demeurait quand elle plongeait le
pied dans ce liquide. Elle fit une pause et s’appuya contre
le mur pour reprendre son souffle. Elle la retira aussitôt,
confrontée à un contact visqueux qui lui donna des
hauts le cœur, et ne put retenir un petit cri. Elle
frissonna, plaqua ses membres contre son corps et resta ainsi, dans
une immobilité de statue, attendant d’avoir
récupéré assez de force physique et mentale
pour continuer. Laissant son esprit dériver, elle en vint
à se demander comment se débrouillait son adversaire.
Peut-être avait-il rencontré de ces gardes dont Linki
leur avait parlé. Ca serait rageant : elle aurait alors
fait tout ce trajet pour se voir voler sa proie par quelques gardes
de mauvaise humeur… Non ce type était un vrai
colosse : il leur aurait sans doute échappé. Il
était tout de même étrange qu’elle ne
l’ait pas encore aperçu ; ce souterrain ne
pouvait pas être si grand et il renvoyait des sons de loin.
Dans ce cas, cela signifiait peut-être qu’il
était plus doué que ce qu’elle avait
pensé et qu’il parvenait à se déplacer
sans bruit. Peut-être même était-il là,
tout près, à l’observer, attendant le moment
propice pour lui sauter dessus et la tuer. A cette pensée,
elle jeta un regard inquiet autour d’elle. Elle ne voyait
rien, mais dans une telle obscurité ça pouvait ne
rien dire. Elle déglutit péniblement et reprit sa
route, les yeux revenant sans cesse vers l’arrière,
guettant un danger qui ne venait pas.
Soudain, elle
buta sur quelque chose de mou, sous l’eau, et perdit
l’équilibre. Elle tenta plus ou moins de se rattraper
sur les murs, mais la substance glissante était toujours
présente et elle ne trouva aucune prise. Elle tomba en avant
et atterrit lourdement sur une surface dure. Elle resta ainsi,
étalée de tout son long, le souffle coupé,
avant de lâcher un sanglot. Elle n’en pouvait plus,
elle était épuisée et terrifiée.
C’était un cauchemar ; elle n’avait aucun
repère, son odorat était atrophié par la
puanteur ambiante, elle ne voyait pas à deux mètres
et un homme la poursuivait pour la tuer. Peut-être
tournait-elle en rond ou allait-elle se jeter dans les bras de son
bourreau. Des larmes dévalèrent ses joues,
traçant des sillons clairs sur son visage rendu sale par les
exhalations pernicieuses de ce lieu. Elle fixa la torche
qu’elle avait lâchée dans sa chute et qui
reposait maintenant à quelques centimètres de son
visage. Son regard embué se perdit dans le feu rougeoyant.
Peu à peu, elle reprit son calme tandis que son esprit se
détachait de tout, occupé seulement par le jeu des
flammes sur la roche grise. C’est alors qu’elle vit une
silhouette fugitive passer dans ce halo sanglant. Elle cligna
lentement des yeux, se demandant si elle n’avait pas
halluciné ; elle n’entendait rien, ne sentait
aucune présence. Son esprit embrumé devait lui jouer
des tours, mais au moins cette pause forcée lui avait-elle
permit de reprendre son empire sur lui. Elle replia les bras,
toujours aussi apathique, pour se relever. Une douleur aiguë
lui traversa alors le bras droit, bientôt suivie par une
sensation d’humidité poisseuse. Elle tourna la
tête, surprise, et cette fois, ce fut sa jambe qui accusa le
coup. Elle se retourna sur le dos, s’appuya sur ses coudes et
leva vivement les yeux, cherchant son agresseur dans la
pénombre. Personne. La douleur revint au niveau de sa main
droite, posée au sol, puis de sa jambe à nouveau.
Rapidement, les pics se multiplièrent, touchant chacun de
ses membres, de plus en plus nombreux, de plus en plus rapides.
Elle voulait se défendre, mais contre quoi ? Il
n’y avait aucun ennemi à combattre. Une douleur plus
forte envahit alors sa main gauche, et elle y abattit l’autre
par pur réflexe. Un couinement suraigu lui répondit,
et quand elle releva la main, elle tenait un gros rat gris avec un
lambeau de chair entre les dents. Elle écarquilla les yeux,
comprenant soudain, tandis que les attaques continuaient.
L’animal se débattit, lui mordit furieusement le pouce
et elle le laissa tomber en gémissant. Il détala et
revint bientôt à la charge avec plusieurs de ses
petits copains. Elle balaya le sol des bras, heurtant nombre de
masses poilues, engendrant plus encore de couinement
mécontents. Elle se releva, tant bien que mal, tandis que
les attaques redoublaient de force et d’intensité.
Elle donnait des coups de pieds et de bras mais rien n’y
faisait : ils étaient toujours plus nombreux et plus
agressifs. Elle continua à se débattre, cherchant en
vain à se débarrasser de ces bêtes.
Bientôt, ses mouvements devinrent désordonnés,
sa respiration s’accéléra et de nouvelles
larmes envahirent ses yeux. Larmes de frayeur et de douleur. Elle
craqua soudain, hurla et se mit à courir difficilement, des
rats s’accrochant à ses jambes ou à ses bras,
déchirant sa chair de leurs dents aiguisées, la
poursuivant malgré l’obscurité. Elle entendit
soudain un grand bruit d’éclaboussure et manqua tomber
comme ses pieds retrouvaient le contact visqueux de l’eau de
ce lieu. Plusieurs couinements firent écho à ce son,
et la douleur en bas de ses jambes s’apaisa. Les derniers
rats lâchèrent bientôt prise et tombèrent
en pépiant dans l’eau sale, ou bien furent
écrasés contre les murs quand elle s’y cognait.
Elle continua à courir, aussi vite que possible,
fonçant tout droit dans ces ténèbres
épaisses, ne pensant qu’à avancer, encore et
toujours, s’éloigner de ces rats,
s’éloigner de ces monstres. Elle déboucha tout
à coup sur une place sèche et vide, et la
lumière qui y régnait lui blessa les yeux.
Elle
s’arrêta nette et se protégea les yeux du bras
droit en gémissant. En guise de lumière, il n’y
avait que deux torches semblables à la sienne, mais,
après le noir impénétrable du souterrain, elle
lui semblait aveuglante. Elle plissa les yeux, leur laissant le
temps de s’y habituer, et prit soudain conscience
qu’elle n’avait plus cette fameuse torche. Elle avait du la laisser
là où elle était tombé. Elle sourit
amèrement :
« Avec un peu
de chance, j’aurais brûlé quelques unes de ces
saloperies. »
Pouvant enfin y voir clair, elle fit le tour de la zone du regard.
Elle ne semblait pas bien différente du reste du souterrain,
enfin de ce qu’elle en avait vu : le sol et les murs
étaient faits de la même pierre gris, froide et
étouffante, et des algues verdâtres suintaient des
joints, leur conférant cette consistance si
répugnante. D’autres immondices,
indéterminées celles-là, recouvraient le sol
ça et là. Elle frissonna en pensant qu’elle
avait marché et s’était même
allongée dans pareils détritus et détourna
vivement les yeux. Qui se posèrent alors sur les deux
torches qui trônaient contre le mur, en face. Et sur le
passage béant qui s’ouvrait entre elles. Elle
fronça les sourcils et s’approcha, intriguée.
Que pouvait bien faire ce passage ici, au milieu de nulle
part ? Ou plutôt si : dans des égouts, chose
plus étrange encore. Elle se remémora alors les
paroles de Linki : il existait dans ces souterrains un
sanctuaire caché, et le seul moyen d’ouvrir le passage
qui y menait était d’allumer les deux torches qui le
gardaient.
« Un
sanctuaire, hein ? Je me demande à quoi il peut
ressembler… »
Elle hésita un instant, jeta un coup d’œil
par-dessus son épaule et s’enfonça dans le
passage.
Elle suivait
l’étroit couloir, exaltée. Elle était
pressée de voir cette église enfouie et
avançait facilement en s’appuyant sur le mur du
passage, entièrement lisse quant à lui. Les
ténèbres s’éclaircirent peu à
peu, imperceptiblement mais indubitablement : elle arrivait
à la sortie du boyau. Elle était si
excitée ! Quelle aubaine que le passage ait
été ouvert : sans torche elle n’aurait
jamais pu le faire elle-même, puisque la seconde torche
restait continuellement éteinte en temps normal. Elle
s’arrêta brutalement. Oui, précisément,
elle était toujours éteinte. Et pourtant, ça
n’avait pas été le cas. Ce qui signifiait que
quelqu’un était passé par là
récemment. Et il n’y avait qu’une personne
susceptible de l’avoir fait. Elle recula lentement, sans
bruit, et se morigéna intérieurement. Comment
pouvait-on être aussi stupide ? Il l’attendait
sans doute à la sortie du tunnel, prêt à
l’embrocher dès qu’elle pointerait le bout de
son nez. Et elle avait fait un barouf d’enfer depuis sa
chute : il n’y avait aucune chance pour qu’il ne
l’ait pas entendue. Il savait à présent
qu’elle approchait, et il allait simplement l’attendre.
Il n’avait aucune raison de bouger, après tout. Elle
jura mentalement et recula encore, pas à pas, son esprit
fonctionnant à vive allure.
Elle serait
bientôt là. Du moins l’espérait-il. Ca
faisait un moment qu’il était planté là
et il commençait à en avoir assez. Certes, le
sanctuaire enfoui était bien joli avec ses colonnades
finement sculptées et ses vitraux colorés qui
semblaient dégager leur propre lumière, mais tout de
même… Rogg s’appuya sur la base d’une
colonne effondrée dont les restes étaient
éparpillés sur une ligne plus ou moins droite et sur
laquelle reposait déjà sa torche. Il regarda encore
une fois les représentations des déesses et de la
Triforce qui semblaient orner chaque parcelle de ce lieu, puis
revint vers l’entrée du passage en soupirant. En
trouvant ce passage dès la première heure, à
ce qu’il lui semblait, il était sûr de prendre
l’avantage : la fille finirait inévitablement
attirée ici, et il remporterait aisément un combat au
corps à corps contre elle. Il s’était donc
installé et avait attendu. Et attendu… Un peu plus
tôt, il avait entendu des cris et des bruits de course et
d’éclaboussures ; il n’avait aucun doute
sur leur origine et l’excitation était à
nouveau montée en lui. Seulement, le temps
recommençait à se faire long et il s’ennuyait
franchement…
Soudain, un bruit
strident déchira l’air. Il jura et se jeta
précipitamment par terre. Pas assez vite. La pointe
d’acier lui traversa les chairs et ouvrit une large entaille
sur son bras gauche. Il se releva vivement, attrapa sa lance en vol
et s’abrita derrière ce qui lui servait de
siège un instant auparavant. Une nouvelle flèche
fendit l’air et lui frôla la jambe. Il se plaqua contre
le pilier et attendit. Elle avait attendu un instant
d’inattention de sa part pour tirer et elle l’avait
manqué de peu. Il risqua un regard par-dessus son abri et un
nouveau sifflement répondit aussitôt à son
geste. Il revint à sa position initiale et jura à
nouveau.
Elle l’avait
touché. Mais il était plus rapide que ce
qu’elle pensait : il avait réussi à
esquiver un trait qui aurait dû le tuer. Malgré tout,
il était blessé, et ça faisait
déjà un point de plus pour elle. Mais
désormais, il était à l’abri
derrière ce tas de pierre. Tant pis, elle n’aurait
qu’à attendre qu’il fasse une nouvelle erreur.
Après tout, elle n’était pas
pressée…
Il
réfléchissait à vive allure. Elle avait sans
conteste pris l’avantage sur lui, il fallait qu’il
trouve un moyen de la faire sortir de son trou pour qu’il
puisse engager un combat au corps à corps. Peut-être
suffirait-il de la provoquer pour ça. Après tout,
ça ne coûtait rien d’essayer :
« Eh, Isana,
lança-t-il, tu comptes rester planquée
longtemps ? Tu sais je ne suis pas idiot, ne t’attends
pas à ce que je me lève gentiment pour te servir de
cible. Tu préfères pas venir ici et qu’on
dispute ça à la loyale, en combat
singulier ? »
Un long silence lui
répondit. Il finit par reprendre :
« Pas
d’honneur alors, hein ? Tu préfères me
tirer de loin, en toute sécurité, c’est
ça ? Et tu te dis
combattante ! »
Il éclata de rire
tandis que son esprit continuait à chercher un autre plan.
Un court silence puis…
Elle aurait
préféré ne pas lui répondre, mais sa
vantardise lui échauffait les oreilles, aussi ne put-elle
s’en empêcher :
« Tu parles
d’un combat loyal ! Tu fais deux tête de plus que
moi, et combien de dizaines de kilos ? Je ne suis pas plus stupide que
toi : tu ne veux pas me servir de cible, moi je ne veux pas te
servir de pelote de laine ! Tu ne m’auras pas avec
ce genre de truc, trouve autre chose. »
Un mouvement furtif
attira alors son attention et elle lâcha la corde
déjà bandée de son arc.
La flèche
traversa rapidement l’espace les séparant et se planta
profondément dans sa tunique. Il sourit et bondit alors hors
de sa cachette, fonçant droit vers le carré noir qui
marquait l’entrée du passage. Il avait repris le
dessus. Lance levée, il se préparait à en
finir avec cette maudite elfe.
Elle comprit son erreur
à l’instant où elle lâchait la corde.
Elle écarquilla les yeux en voyant surgir le colosse et,
lâchant son arc, elle dégaina son épée.
Elle se plaqua contre le mur, épée en garde,
espérant ainsi éviter la charge dévastatrice
du colosse, ou au moins y survivre.
Il plongea avec un grand
cri, s’attendant à tout moment à transpercer
l’elfe. Il ne rencontra que le vide mais aperçu
l’éclat d’une lame du coin de l’œil.
Dans une manœuvre désespérée, il parvint
plus ou moins à esquiver le coup. La lame traversa tout de
même ses chairs et il s’étala au sol en hurlant,
une douleur intense lui transperçant le ventre. Tandis
qu’il portait une main tremblante à la plaie
sanglante, il vit la fille courir vers le sanctuaire.
Elle l’avait
touché, encore ! Il avait foncé
aveuglément et n’avait pas pensé qu’elle
pourrait anticiper. Elle ne savait pas exactement quel genre de
dégât elle avait causé mais ne
s’était pas attardée dans le passage
étroit : il y prendrait aisément le dessus tant
la liberté de mouvements était réduite. Elle
pénétra donc dans le sanctuaire baigné
d’une lumière grise, et se retourna vivement,
attendant son adversaire.
Elle aurait pu
l’achever, pourquoi avait-elle rejoint
l’église ? Il se releva difficilement, la main
gauche plaquée sur son ventre en sang, retenant ses boyaux
en son sein, la droite tenant sa lance. Il tituba, ses deux plaies
envoyant conjointement des pulses de douleur. Il secoua la
tête pour dissiper le brouillard qui l’aveuglait.
Brouillard qui semblait aussi avoir fait main basse sur son esprit.
Il ne pouvait plus réfléchir, il n’y avait plus
que la douleur. Et une chose dont il était sûr :
il devait la tuer pour que cette douleur disparaisse.
Elle attendait,
anxieuse, se demandant s’il ne préparait pas un autre
de ses sales coups. Au lieu de quoi il sortit du passage
courbé en deux, un flot de sang coulant entre ses doigts
déjà écarlates. Il était couvert de
sueur et respirait avec grand mal. La lumière grisâtre
de la pièce accentuait encore la terne pâleur de son
visage. Mais pourtant, elle y lisait seulement de la
détermination. Il allait se battre, mais le fait
était qu’elle l’avait gravement blessé.
Elle pouvait gagner. Elle allait gagner.
Il s’approchait
d’elle résolument, une seule pensée pulsant au
rythme de la douleur.
La tuer.
Il constata
qu’elle était couverte d’entailles et de
blessures peu profondes, ainsi que d’une crasse marron
à l’apparence ignoble.
La tuer.
Il leva sa lance sans
cesser d’avancer, crispant la main gauche sur son
abdomen.
La tuer.
Il
avançait tel un zombie, il semblait vide de toute
pensée. Elle se mit en garde et attendit l’attaque. Il
lança un cri inhumain et porta un coup puissant mais
tellement prévisible. Elle l’esquiva aisément
et abattit sa propre lame. L’épée
s’enfonça profondément dans le torse
dénudé du colosse. Il s’immobilisa en plein
mouvement. Un flot vermeil s’échappa de ses
lèvres. Et il glissa mollement de la lame de son
bourreau.